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CINÉMA L’ANIMATION SUISSE : 50 ANS D’HISTOIRE ET AU TOP !

vendredi 1er mars 2019, par CHRISTOPHE PINOL/lematin.ch

CINÉMA L’ANIMATION SUISSE : 50 ANS D’HISTOIRE ET AU TOP !

A Lausanne, l’exposition « Swiss Animation – ça bouge » célèbre les 50 ans du cinéma animé suisse, avec les dessous de « Ma vie de Courgette » en vedette.

Par CHRISTOPHE PINOL

27.02.2019

Source : https://www.lematin.ch/loisirs/cinema/animation-suisse-50-ans-dhistoire-top/story/18708480

50 ans, ça se fête ! Après un demi-siècle d’existence, le Groupement Suisse du Film d’Animation (GSFA), entend bien célébrer son anniversaire en grande pompe. Depuis samedi, l’exposition gratuite « Swiss Animation – ça bouge » fait halte à Lausanne, au Flon, et ce jusqu’au 17 mars. Objectif ? Présenter le travail de 23 artistes actifs en Suisse et à l’étranger. Détailler, faire comprendre, exhiber et analyser le processus créatif qui permet à un film d’animation de voir le jour. Tout, vous saurez donc tout sur les différentes techniques du genre grâce aux croquis, notes d’intentions, dessins originaux, marionnettes, maquettes de décors et storyboards présentés sur place. Sans compter une vingtaine d’écrans qui diffuseront les différentes œuvres.
Itinérante, l’exposition a déjà conquis plusieurs milliers de personnes en Suisse allemande et en Suisse italienne, entre Baden, Bellinzone et Soleure. « Il nous semblait important de la faire venir également en Suisse romande, nous explique Mia Heinzer, directrice de l’école d’art Ceruleum, à Lausanne, et organisatrice de ce décrochage romand. Le contenu de l’exposition reste identique à la version suisse-allemande mais à travers les conférences, l’idée était de la rendre plus régionale, de mettre la Romandie en avant ». Et il y a de quoi, puisque nos talents locaux sont nombreux. A commencer par Elie Chapuis, l’un des animateurs clefs de « Ma vie de Courgette ».

Spécialiste des marionnettes animées en stop motion (technique qui consiste à prendre toute une série de clichés d’un objet, tout en le déplaçant de manière imperceptible entre deux photos pour en simuler le mouvement), il a également travaillé pour les deux films d’animation de l’Américain Wes Anderson : « Fantastic Mr Fox » et « L’île aux chiens ». Il y donnera deux conférences. L’une aux côtés de l’illustratrice Albertine (le 16 mars), autour du formidable court métrage « La femme canon », présenté au Festival de Locarno en 2017, où ils évoqueront le travail d’adaptation d’une bande dessinée. L’autre, autour de « Ma vie de Courgette » (le 7 mars), où Elie Chapuis s’attardera plus spécifiquement sur la fabrication des marionnettes.

« Le contact avec le public est important pour moi, nous explique-t-il. C’est l’occasion de faire découvrir les coulisses de notre métier, et surtout la quantité invraisemblable de travail et de temps qu’il faut pour mener à bien ce type de films. Je viens toujours avec une marionnette lors de ces rencontres et les gens sont généralement émerveillé en découvrant en détail l’envers du décor ». Il aura cette fois avec lui la maquette du dortoir des garçons du film de Claude Barras, ainsi que le personnage d’Ahmed, l’un des copains de Courgette dans le film, les marionnettes de ce dernier étant malheureusement toutes occupées ailleurs, dans des expositions ou encore en train d’assurer la promotion du film aux 4 coins du monde.

Schwitzgebel le pionnier
Autre rendez-vous : les conférences de Gabriel Sonderegger (le 2 mars), cofondateur du studio lausannois Sunnyside Games, développeur d’un jeu sur Nintendo, et qui viendra parler du rapprochement entre cinéma d’animation et jeux vidéo. Marjolaine Perreten, de son côté, évoquera les difficultés et les joies du métier d’animateur (le 2 mars également) autour de ses films, marqués par de splendides graphismes au pastel.

Le Carougeois Georges Schwitzgebel sera évidemment lui aussi à l’honneur de l’exposition. Plusieurs fois primé dans les festivals les plus importants de courts métrages d’animation de la planète, mais aussi deux fois lauréat du Prix du cinéma Suisse, il présentera des originaux – peintures et croquis – retraçant la conception d’un de ses derniers films, « Erlkönig, le roi des aulnes ». Pionnier du cinéma d’animation, il est surtout l’un des fondateurs du groupement cinquantenaire à l’origine de l’expo.

« C’est surtout Bruno Edera et Nag Ansorge, à Lausanne, qui ont initié tout ça en 1968, nous explique-t-il. Je nous revois encore sur la table de la cuisine de Bruno, effectuer notre première assemblée… Pour ma part, je venais de commencer à faire de l’animation après avoir découvert des films d’auteur et artistiques au Festival d’Annecy. A l’époque, on travaillait tous dans notre coin et l’idée du GSFA était de nous rassembler pour nous permettre de partager nos expériences, car on était tous autodidactes. Aujourd’hui, tout a changé, ne serait-ce que la question du financement. A l’époque, il n’y avait aucune aide possible alors qu’aujourd’hui l’Office Fédéral de la Culture nous soutient beaucoup. L’arrivée des effets spéciaux sur ordinateur a aussi chamboulé les choses. Au début, on pensait que ça annonçait la mort du film d’animation, alors que ça lui a en fait donné un vrai coup de fouet ».

Des écoles pour booster l’animation

Car l’exposition est surtout là pour marquer le formidable essor de l’animation suisse. Pour Elie Chapuis, ce boom est notamment dû au développement de nouvelles écoles : « Les premières promotions de la haute école de Lucerne, l’University of Applied Sciences and Arts, avec un département animation extrêmement pointu, ont fait grimper le niveau d’animation avec des jeunes très bien formés et ambitieux, qui montent d’ailleurs leurs propres studios pour réaliser des films. L’école Ceruleum a aussi engagé un nouveau doyen pour sa section animation qui se bouge beaucoup pour développer le milieu ». Pour la directrice, les attentes de ses étudiants ont bien changées : « Il y a quelques années, ils rêvaient d’aller travailler aux Etats-Unis, chez Disney ou Pixar. Mais avec l’émergence des films d’auteurs en Europe, ils ont compris qu’ils pouvaient espérer autre chose que de jouer les techniciens dans de grosses productions américaines. Se regrouper entre eux, par exemple, en collectif, pour laisser exprimer leur univers artistique ».
Le succès de « Ma vie de Courgette » – lauréat d’un César, sélectionné aux Golden Globes et aux Oscars, le tout accompagné d’un triomphe populaire – n’est lui non plus pas étranger à ce boom. « Le film a montré aux producteurs et aux politiques qu’il était possible de faire des longs métrages d’animation suisse de très grande qualité avec un rayonnement international, poursuit Elie Chapuis. Nos financiers et politiciens ont parfois besoin d’exemples concrets pour voir que ça marche. Et celui-ci amène de l’eau au moulin dans les négociations actuelles… » Ces tractations évoquées par l’animateur, ce sont celles liées à la votation populaire contre la redevance radio-TV. « Le refus de l’initiative a créé une série d’électrochocs et la SRF et la RTS sont en pleine redéfinition de leurs objectifs et volontés de productions. Du coup, actuellement, on ne sait pas trop dans quelle direction ça va aller… ».
En attendant, le cinéma d’animation helvète joue dorénavant dans la cour des grands, notamment grâce à des films comme « Chris the Swiss » (format long métrage) ou « Aéroport » (format court). Le premier est un documentaire fascinant mêlant prise de vues réelles et animation. Présenté au dernier festival de Cannes, il y montrait sa réalisatrice, Anja Kofmel, partir à la recherche d’un cousin assassiné durant la guerre en Croatie. Quant au le second, une maîtrise exceptionnelle de la peinture sur verre à l’aquarelle lui a valu d’être récompensé à Puchon, Chicago, Ottawa, Zurich… Deux films, au même titre que beaucoup d’autres, que l’on retrouvera décortiqués dans le cadre de cette exposition. (Le Matin)

Créé : 27.02.2019, 14h31

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